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Textes de l'internement

Manuscrits asilaires de Saint-Jean-de-Dieu (vol. 1)

Audace: Travail d’excavation, exploration sans repère, sans carte, d’un territoire jamais navigué. Mené par Michèle Nevert et son équipe, c’est le désir convaincu et quelque peu aveugle de trouver, d’entendre les voix que l’on pressent derrière les amas poussiéreux.

Tendresse: Ce qui ressort du soin, de l’attention, de la délicatesse du travail de fouille… Souci de la préservation des documents eux-mêmes, attention à leur fragilité, à leur quasi-évanescence; derrière se profile la fragilité des êtres, de ceux qui les ont écrits. Tendresse pour ceux qui l’ont voulue, souhaitée, appelée sans recevoir leur dû.

Doute: Fragments d’histoires, segments fugitifs de vie dont on ne connaît pas vraiment le contour, à l’image de ces lettres dont on ne sait si elles ont été envoyées, reçues et lues. Nous sommes en mouvement, apercevant ici ou là des êtres dont l’image floue et lointaine inquiète, trouble, attriste.

Angoisse: Que l’on aspire, que l’on respire; la douleur ressentie même si elle n’est qu’observée. L’enfermement comme détresse, l’intense désir de liberté, de sa banalité rassurante, le coca-cola, les chaussures à talons hauts, les gâteaux que l’on aime, les fleurs et les arbres.

Silence: Silence de soi, mais surtout silence des autres. De ces suppliques incessantes, répétées monte, ô combien paradoxale, la trace du silence de l’autre. Le silence de l’autre, c’est la négation de soi, de ses envies, de ses besoins, de sa détresse.

Humain: Des figures avec plus de substance, des contours ressurgissent de ces fragments; on les voit plus vraies, vaniteuses, gourmandes, modestes, inquiètes, irrespectueuses, pieuses, aimantes, soumises et libres à la fois.

Voilà ce qui surgit de ce travail patient et entêté.

Danielle Laberge, sociologue

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